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9 juillet 2023

API, Protection des données et de l’environnement, Applications mobiles, Menaces informatiques

Parmi les lectures de ces derniers jours:

1. Recommandation de la CNIL sur l’utilisation des interfaces de programmation applicatives (API)

Observant « une augmentation soutenue des partages de données à caractère personnel entre organismes, qu’ils soient publics ou privés » et « l’intérêt croissant dans la réutilisation des données pour diverses finalités », la CNIL publie une recommandation qui « vise à identifier les cas dans lesquels l’utilisation d’une API est préconisée afin de partager de manière sécurisée des données à caractère personnel ou des informations issues de leur anonymisation, et à diffuser certaines bonnes pratiques concernant leur mise en oeuvre et leur utilisation ».

Ainsi en plus de mettre l’accent sur le rôle du détenteur des données, du gestionnaire d’API et du réutilsateur, la CNIL mentionne « qu’une analyse au cas par cas est indispensable pour définir la qualification juridique des acteurs, et ainsi déterminer sur quel(s) acteur(s), à quel titre et dans quelle mesure, pèse la responsabilité de tenir compte des recommandations [générales et spécifiques exposées].

Elle précise aussi que

  • « le partage par le biais d’une API permet une meilleur supervision du partage des données, d’une part en contrôlant les accès, le degré de précision des données transmises et, le cas échéant, les finalités d’utilisation des données et, d’autre part, grâce à la mise en place d’une interface d’échange standardisée entre détenteur, gestionnaire et réutilisation, en permettant la transmission sécurisée d’informations associées à l’échange de données (durée de conservation, gestion de l’exercice des droits et notamment du droit à la portabilité, etc.) »;
  • « les objectifs suivants devraient être considérés comme prioritaires lors de la mise en oeuvre de mesures visant à réduire les risques: la minimisation des données échangées; l’exactitude des données sources; la traçabilité des accès; le gouvernance et le respect des droits; [et] la sécurité. [Ces objectifs] sont à considérer dans le contexte du partage de données, selon la vraisemblance et la gravité des risques associés »;
  • « les organismes impliqués dans le partage de données devraient se coordonner pour fournir une information claire et complète aux personnes concernant le traitement de mise à disposition de leurs données à caractère personnel » et ce, en insistant notamment sur les mesures de traçabilité, la journalisation des accès et des actions, description détaillée des données partagées, fréquence d’échantillonage ou encore les opérations réalisées en amont (i.e pseudonymisation, anonymisation);
  • « lorsqu’une personne concernée par le partage retire son consentement, exerce sont droit d’opposition ou à la limitation, l’API devrait intégrer un dispositif technique permettant d’exclure automatiquement du champ du partage les données concernées », et « l’API devrait également intégrer un dispositif spécifique permettant au détenteur de données d’informer chaque réutilisateur auquel les données ont été communiquées, de toute rectification, effacement de données ou limitation de traitement faisant suite à l’exercice des droits par les personnes concernées […] ». 

Pour plus de détails: Commission nationale de l’informatique et des libertés, « La CNIL publie une recommandation technique relative au partage de données par API », Actualité, 7 juillet 2023 (https://www.cnil.fr/fr/la-cnil-publie-une-recommandation-technique-relative-au-partage-de-donnees-par-api)

2. 9e Cahier Innovation & Prospective du Laboratoire d’innovation numérique de la CNIL: « Données, empreinte et libertés » 

Après avoir fait un état des lieux entre autres en ce qui concerne l’empreinte numérique, les centres de données (data centers), l’intelligence artificielle, les chaines de bloc (blockchain), la réalité virtuelle et augmentée, la publicité ciblée, le chiffrement ou encore le reconditionnement, la CNIL donne des pistes pour rapprocher la protection des données et de l’environnement: 

  • Promouvoir une informatique sobre et frugale;
  • Renforcer, documenter et rendre interopérables les bonnes pratiques sectorielles;
  • Engager un débat sur les libertés et la transparence;
  • Fournir les moyen d’un partage vertueux des données environnementales;
  • Poursuivre l’engagement de la CNIL dans sa transition environnementale

Pour plus de détails: Commission nationale de l’informatique et des libertés, « Données, empreinte et libertés : la CNIL présente son nouveau cahier Innovation & Prospective », Actualité, 4 juillet 2023 (https://www.cnil.fr/fr/donnees-empreinte-et-libertes-la-cnil-presente-son-nouveau-cahier-innovation-prospective)

3. Blogue du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada afin de promouvoir les pratiques exemplaires relatives aux applications mobiles … Pour plus de détails: https://www.priv.gc.ca/fr/nouvelles-du-commissariat/nouvelles-et-annonces/2023/an_230629/

4. Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, État de la menace informatique contre les cabinets d’avocats, 27 juin 2023, https://www.cert.ssi.gouv.fr/uploads/CERTFR-2023-CTI-004.pdf

13 septembre 2014

GPEN: résultats de l'action commune visant les politiques de confidentialité (2014)

[Publié le 13/09/2014 - Mis à jour le 16/09/2014]

En mai dernier, plusieurs autorités de protection des données personnelles ont participé à la deuxième édition du ratissage d'internet visant à examiner les politiques de confidentialité de plusieurs applications mobiles. 

Plusieurs autorités participantes viennent de publier leurs résultats: 
Rappelons que ce ratissage est une initiative du Global Privacy Enforcement Network (GPEN) qui "a pour objet d’inciter les organisations à se conformer aux lois en matière de protection de la vie privée et à accroître la collaboration entre les autorités chargées de l’application de ces lois. Ce n’était pas une enquête et elle ne visait pas non plus à cerner de façon concluante des problèmes de conformité ou des infractions à la loi. Les préoccupations soulevées lors du ratissage donneront lieu à des mesures de suivi, comme une sensibilisation des organisations, une analyse approfondie des dispositions de protection des renseignements personnels associées aux applications et des mesures d’exécution de la loi" (Source: CPVPC, Communiqué du 10/09/2014).

6 septembre 2014

CPVPC, Apple et la publicité ciblée

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) vient de publier son rapport d'enquête sur l'utilisation par Apple d'identifiant unique d'appareil (UDID) à des fins de publicités ciblées. 

Même si le CPVPC conclut que la plainte est résolue car Apple a modifié ses pratiques durant l'enquête (par. 50 et 57), le CPVPC rappelle néanmoins que: 
  • "des renseignements qui, à eux seuls, peuvent ne pas être considérés comme personnels peuvent être considérés comme personnels lorsqu'une organisation a la capacité d'établir un lien entre ces renseignements et un individu identifiable" (par. 34). Dès lors même si les identifiants utilisés par Apple, "en eux-même et indépendamment de tout autre renseignement disponible, ne permettent pas nécessairement d'identifier un individu, [Apple a néanmoins] la capacité de faire le rapprochement entre ces identifiants et des individus [notamment "en cas de fraude, aux fins du soutien à la clientèle ou pour se conformer à un ordre de la Cour" (par. 11)]" (par. 35). Par conséquent, "étant donné qu'Apple peut associer ses [identifiants] à des détenteurs de comptes personnels Apple, [le CPVPC] est d'avis que les identifiants [utilisés par Apple] constituent des renseignements personnels au sens de la [Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques ou LPRPDÉ]" (par. 35);
  • en vertu de la LPRPDÉ, le consentement peut prendre une forme différente en fonction "de la nature et de la sensibilité des renseignements et des attentes raisonnables de l'individu" (par. 36) tout en précisant que les avis expliquant les raisons de la collecte et les utilisations qui seront faites des renseignements personnels doivent être "suffisamment clair[s] et compréhensible[s] pour servir de fondement à un consentement valable des utilisateurs à l'utilisation [des identifiants] aux fins de la publicité comportementale en ligne" (par. 40). Comme Apple a modifié ses pratiques en cours d'enquête, le CPVPC considère que les avis sont suffisants (par. 40);
  • Apple, comme elle "contrôle le fonctionnement de son système d'exploitation iOS, puisque c'est elle qui l'a conçu" (par. 43) doit "s'assurer que l'utilisateur donne un consentement valable à la communication de [ses] renseignements personnels" (par. 44) aux développeurs d'applications. Comme les pratiques d'Apple ont été modifiés en cours d'enquête (i.e. réglage de l'appareil et Apple ne donne plus accès aux identifiants en cause aux développeurs d'application depuis le 1er mai 2013), le CPVPC considère que le consentement est "valable à ce qu'Apple communique [l'identifiant] à des développeurs d'applications à des fins publicitaires" (par. 47).

Pour aller plus loin, 

24 août 2014

CPVPC: rapport annuel 2013 (transparence et confiance)

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) vient de publier son rapport annuel 2013 portant sur la mise en œuvre de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDÉ). 

Dans ce rapport, le CPVPC insiste sur "la nécessité de tenir un débat constructif sur une transparence et une responsabilisation accrue de la part de tous les intervenants" (p. 2) pour faire face, non seulement, aux défis "liés aux nouvelles technologies et aux technologies naissantes, par exemple les logiciels de reconnaissance facile, les accessoires intelligents, l'infonuagique, la publicité comportementale en ligne, les téléphones intelligents toujours allumés, la technologie géospatiale, l'analytique avancées, les véhicules aériens sans pilote (ou drones) et le profilage génétique" (p. 2), mais aussi, au fait que "de plus en plus, on constate que les renseignements personnels recueillis à l'origine par le secteur privé peuvent également se retrouver entre les mains d'organismes du secteur public chargées de l'application de la loi et de la sécurité nationale" (p. 2). 

Plusieurs éléments illustrent le fait que "la transparence [est] essentielle pour obtenir la confiance des consommateurs en ligne" (p. 23), dont notamment le fait que les entreprises doivent adopter des politiques de confidentialité qui "doivent être affichées bien en évidence et être accessibles, claires et utiles" (p. 24 + résultat ratissage d'Internet mené avec le GPEN (p. 25 et s.) (billet) + mon guide). 

Cet effort de transparence "responsabilise davantage l'entreprise à l'égard de ses clients" étant entendu que "les clients commenceront aussi à favoriser les entreprises auxquelles ils ont le plus confiance" et "si les gens ne sont pas convaincus que leurs renseignements personnels sont protégés et respectés comme il se doit, ils transporteront tout simplement leurs pénates dans une autre entreprise du vaste univers en ligne" (p. 29 + un de mes articles).

Par ailleurs, le CPVPC revient sur différentes actions menées en 2013, par exemple les enquêtes auprès de Google (p. 12) et d'Apple (p. 14 et 24); les publications mettant en lumière les enjeux inhérents à la reconnaissance faciale, aux accessoires intelligents, aux adresses IP (p. 10 et s.); les collaborations avec différents partenaires (p. 15 et s.).

Et, le CPVPC rappelle aussi l'importance de moderniser la LPRPDÉ afin que celle-ci contienne "des mesures incitatives propres à encourager les organisations à se conformer à la loi. Par exemple, de telles mesures encourageraient plus d'organisation à intégrer d'emblée des protections de la vie privée dans leurs produits et services, au lieu d'attendre que des problèmes se manifestent plus tard, soit une fois ces produits et services sur le marché. Des exigences plus rigoureuses en matière de reddition de comptes et de transparence, appuyés par un régime adéquat d'application de la loi, feraient en sorte que les renseignements personnels des Canadiennes et des Canadiens soient dûment protégés dans l'environnement mondialisé d'aujourd'hui. [Et faire en sorte de] rendre obligatoire le signalement des atteintes à la sécurité des données [et doter les] autorités chargées de protéger la vie privée, les outils de gouvernance, les ressources et l'expertise technique dont elles ont besoin pour exercer leurs pouvoirs avec efficacité" (p. 21 et s.).


Pour plus de détails: 

20 juillet 2014

Les accessoires intelligents en question

Si vous vous intéressez aux enjeux inhérents aux accessoires intelligents, 
soit "un ordinateur miniature que l'on porte sur soi ou un capteur que l'on fixe sur ou sous un vêtement ou qui y est intégré"
et que l'on peut diviser de la façon suivante: "applications en lien avec la condition physique, le bien-être et le suivi vital (p. ex. vêtement intelligent, lunettes de sport intelligentes, moniteur d'activité ou capteur de sommeil) susceptibles de plaire à des consommateurs qui ont tendance à suivre de près de nombreux aspects de leur vie; - applications d'infoloisirs (p. ex. montre intelligente, casque de réalité virtuelle ou lunettes intelligentes); applications sanitaires et médicales (p. ex. glucomètre permanent ou ensemble timbre et biocapteur); applications industrielles, policières et militaires (p. ex. terminal à porter sur la main, caméra à porter sur soi, casque de réalité virtuelle)".
(Source: CPVPC, Les accessoires intelligents, p. 2)
voir l'étude publiée par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) intitulée Les accessoires intelligents: Défis et possibilités pour la protection de la vie privée ou encore l'article de Damien Leloup faisant état de "[sa] semaine avec des GoogleGlass" (Le Monde, 19 juillet 2014).

9 juin 2014

Canada: nouveau commissaire au CPVPC

Le 5 juin dernier, Me Daniel Therrien a été nommé pour agir à titre de commissaire à la protection de la vie privée du Canada. 

30 avril 2014

Canada: télécoms, autorités gouvernementales et protection des renseignements personnels

On peut lire sur le site du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) une déclaration de la commissaire par intérim "concernant l’information demandée par le [CPVPC] aux entreprises de télécommunications et à d’autres entreprises en ligne sur les demandes de renseignements émanant des autorités gouvernementales" et qui se lit comme suit: 
"En 2011, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a examiné les enjeux associés au suivi en ligne et à l’infonuagique en prévision de l’examen parlementaire de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE). Nous nous préparions également à comparaître devant le Parlement pour donner notre point de vue sur diverses initiatives législatives touchant des dispositions sur l’accès licite. Dans le cadre de nos recherches, nous avons fait parvenir des lettres à 13 entreprises de télécommunications et autres entreprises en ligne pour les prier de fournir au Commissariat de l’information générale sur les demandes de renseignements qu’elles reçoivent des autorités gouvernementales.
En décembre 2011, le Commissariat a reçu une réponse du conseiller indépendant de l’Association canadienne des télécommunications sans fil [disponible en anglais seulement], renfermant des données regroupées fournies par neuf entreprises. Le rapport n’attribuait pas les réponses à un fournisseur en particulier, mais on y retrouvait les pratiques représentatives de l’industrie au Canada. Depuis, nous avons utilisé cette information pour étayer nos réflexions et nos recommandations à l’intention tant du Parlement que du gouvernement.
La LPRPDE n’oblige pas les entreprises à rendre public le type de renseignements qu’elles communiquent en réponse aux demandes des autorités gouvernementales. Le Commissariat a toutefois demandé plus de transparence dans ce domaine.
Dans son récent rapport spécial au Parlement intitulé Mesures de vérification et de contrôle, le Commissariat a formulé plusieurs recommandations visant à améliorer la transparence des organismes de sécurité nationale sans mettre en péril les objectifs de sécurité publique. En particulier, la recommandation no 6 préconise la présentation de rapports publics sur les statistiques quant au recours à diverses dispositions de la LPRPDE dans les cas où des entités du secteur privé telles des télécommunicateurs remettent des renseignements personnels à des organismes de sécurité nationale sans la supervision du tribunal.
De même, l’exposé de principes sur la réforme de la LPRPDE publié l’an dernier prône aussi une transparence accrue. La recommandation no 3, « Lever le voile sur les communications autorisées », est particulièrement pertinente à cet égard. Elle préconise que l’on oblige les organisations à rendre public le nombre de communications aux fins d’application de la loi effectuées en vertu de l’alinéa 7(3)c.1), à l’insu de l’intéressé et sans son consentement, et sans mandat, afin de faire la lumière sur la fréquence à laquelle on invoque cette exception et sur l’utilisation qui en est faite.
Nous espérons toujours que nos recommandations seront mises en œuvre.
La commissaire à la protection de la vie privée du Canada par intérim,
Chantal Bernier"
À suivre ... 

Pour aller plus loin: 

26 avril 2014

CPVPC: Perte d'un disque dur contenant des renseignements personnels d'employés

[Publié le 26 avril 2014 à 4:00 - Ajout le 26 avril 2014 à 11:00]

On peut lire sur le site de Radio-Canada que le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) "a égaré un disque dur [non crypté] contenant des renseignements personnels [nom, salaire, numéro des employés depuis 2002] sur quelque 800 employés et ex-employés". 

Pour aller plus loin, 

[Ajout] Voir également: 

25 mars 2014

CPVPC: rapport d'enquête sur la perte d'un disque dur à EDSC (anciennement RHDCC)

En janvier 2013, le ministère des Ressources humaines et Développement des compétences (RHDCC), maintenant Emploi et Développement social Canada (EDSC), avait révélé avoir perdu un disque dur externe contenant des renseignements personnels au sujet de 583 000 personnes ayant contractés un prêt d'études. Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) avait alors ouvert une enquête afin de déterminer s'il y a eu ou non atteinte à la Loi sur la protection des renseignements personnels. (billet)

Le CPVPC vient de publier son rapport d'enquête et on peut lire dans le communiqué que: 
"À la suite de la disparition d’un disque dur portatif contenant les renseignements personnels de 583 000 bénéficiaires de prêts d’études, une enquête souligne la nécessité de s’assurer que les politiques officielles sur la vie privée et la sécurité ne sont pas que des mots sur papier.
Une enquête du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a été réalisée après qu’Emploi et Développement social Canada (EDSC), anciennement Ressources humaines et Développement des compétences Canada, a déclaré la perte d’un disque dur.
Un rapport d’enquête déposé au Parlement aujourd’hui expose en détail comment le disque dur était laissé sans protection pendant de longues périodes, n’était pas protégé par un mot de passe et contenait des renseignements personnels non cryptés. De plus, les employés qui manipulaient le disque dur n’étaient pas au courant de la nature délicate des renseignements qu’il contenait.
Selon le rapport, l’écart entre les politiques et les pratiques d’EDSC a entraîné des faiblesses en ce qui a trait aux mesures de contrôle de l’information, aux mesures de contrôle de la sécurité physique et, surtout, à la sensibilisation des employés aux politiques et aux méthodes du Ministère.
« Cet incident devrait servir d’exemple pour toutes les organisations, a indiqué Chantal Bernier, commissaire à la protection de la vie privée par intérim. Mettre les politiques sur papier n’est pas suffisant pour assurer la protection des renseignements personnels. Les politiques doivent être mises en pratique chaque jour et surveillées régulièrement.
Nous sommes heureux qu’EDSC ait accepté toutes nos recommandations et qu’il ait commencé à prendre les mesures nécessaires pour les mettre en œuvre. Nous espérons que cette enquête incitera d’autres ministères fédéraux et des organisations du secteur privé à passer en revue leurs propres politiques et pratiques en matière de protection des renseignements personnels. »
Le Commissariat a entamé son enquête en janvier 2013, après qu’EDSC a signalé qu’un disque dur contenant un nombre considérable de renseignements personnels était disparu depuis deux mois.
Malgré tous ses efforts, le Ministère n’a pas réussi à retrouver le disque dur et il n’a pas pu déterminer si la perte était attribuable à une erreur humaine ou à un geste délibéré visant à nuire.
Le personnel du Programme canadien de prêts aux étudiants d’EDSC a utilisé le disque dur d’une capacité d’un téraoctet du Ministère pour effectuer une sauvegarde des renseignements relatifs au Programme qui étaient stockés dans l’ordinateur central en vue de leur transfert entre les disques durs du réseau.
Le disque dur contenait le numéro d’assurance sociale, le nom, la date de naissance, l’adresse personnelle et le numéro de téléphone, ainsi que le montant et le solde des prêts, de 583 000 bénéficiaires du Programme canadien de prêts aux étudiants. Il contenait aussi le sexe, la langue et l’état civil de certains bénéficiaires.
En raison de pratiques ministérielles défaillantes, EDSC n’a pas été en mesure de déterminer de façon définitive quels renseignements se trouvaient sur le disque dur portatif ou à quand remontait leur dernière mise à jour.
Néanmoins, EDSC affirme que rien n’indique jusqu’à maintenant que les renseignements personnels susceptibles d’être contenus sur le disque dur aient été consultés ou utilisés à des fins frauduleuses.
Selon l’enquête, les employés d'EDSC ont enfreint certains articles de la Loi sur la protection des renseignements personnels — la loi fédérale sur la protection de la vie privée qui s’applique au secteur public — portant sur l’utilisation, la communication et la destruction des renseignements personnels.
EDSC a accepté les 10 recommandations formulées par le Commissariat et a déjà fait d’importants progrès quant à la mise en œuvre de certaines d’entre elles, notamment :
  • Restreindre grandement l’utilisation de dispositifs de stockage portatifs et installer un logiciel sur les ordinateurs de bureau qui empêche l’utilisation de tels dispositifs sans autorisation;
  • Examiner périodiquement les dispositifs de stockage portatifs pour s’assurer qu’ils sont utilisés uniquement aux fins autorisées;
  • Passer en revue tous les fonds de documents, éliminer les documents temporaires et classifier les documents qui restent au niveau de sécurité approprié;
  • Adopter une nouvelle stratégie d’apprentissage intégrée portant sur la protection des renseignements personnels et prévoir la participation obligatoire de tous les employés et l’administration obligatoire d’un test tous les deux ans.
Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada fera un suivi dans un an pour s’assurer qu'EDSC a réalisé des progrès quant à la mise en œuvre des recommandations formulées.
« Pour atténuer efficacement les risques liés à la protection des renseignements personnels, il doit exister une synergie entre les mesures de contrôle de la sécurité et les mesures de contrôle relatives à la protection des renseignements personnels. La mise en œuvre de telles mesures de contrôle aidera EDSC, et l’ensemble des organisations, à protéger adéquatement les renseignements personnels que les Canadiennes et les Canadiens leur confient », a déclaré la commissaire par intérim, Chantal Bernier. Afin de mieux traiter les questions plus vastes d’ordre systémique, nous menons présentement une vérification de l’utilisation de dispositifs de stockage portatifs par des institutions fédérales sélectionnées, et nous venons de rendre publics de nouveaux conseils à l’intention des organisations sur le sujet. »
(Source: CPVPC, Communiqué, 25 mars 2014 - nos soulignements)
À suivre donc ... 

Pour aller plus loin, 

17 février 2014

CPVPC: Facebook et la réputation en ligne des non-utilisateurs

Dans le rapport de conclusions 2013-010 que le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) vient de rendre public, on peut lire notamment que: 
  • Facebook a "accepté de mettre en œuvre un processus par lequel [l'entreprise] examinera les allégations d'usurpation d'identité de non-utilisateurs qui sont portées à son attention et fera enquête au cas par cas lorsque la victime demande un type d'aide en particulier" [par. 35]; 
  • "même si Facebook n'enverra pas lui-même des avis aux « amis » figurant sur la liste d'amis [d'un] imposteur pour les informer de la supercherie [en l'espèce, création d'un compte sous une fausse identité], [l'entreprise] a offert comme solution de faciliter un processus par lequel les non-utilisateurs eux-mêmes pourraient aviser les « amis » de l'imposteur. En définitive, cette solution met les non-utilisateurs sur le même pied que les utilisateurs, en leur permettant d'informer les « amis » de l'imposteur et de rétablir leur réputation en ligne à leur façon et comme ils l'entendent" [par. 36]; 
  • le CPVPC souhaite "remercier la plaignante d'avoir soulevé cette importante question auprès du Commissariat, car elle a pu ainsi attirer l'attention sur la crainte que l'accessibilité et la pérennité des renseignements personnels en ligne puissent nuire de façon inquiétante à la protection de la vie privée et à la réputation d'une personne. Comme les menaces pour la protection de la vie privée et la réputation sont si importantes et lourdes de conséquences, la protection des renseignements personnels et de la réputation en ligne doit être la responsabilité de tous, c'est-à-dire les autorités de protection des données, les organisations et les individus" [par. 38]; 
  • le CPVPC entend "également souligner que les personnes doivent être conscientes de leur présence en ligne. Ce cas rappelle l'importance de sensibiliser les jeunes et leurs parents aux usages abusifs de la technologie Internet et à la façon dont ces usages peuvent nuire à la réputation actuelle et future d'une personne. Il nous rappelle également d'être vigilants face à l'information qui existe en ligne sur chacun d'entre nous. Plus de faux renseignements nous concernant demeurent longtemps en ligne, plus ils risquent de porter atteinte à notre réputation" [par. 39]. 

Pour aller plus loin, voir: 
  • COMMISSARIAT À LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE DU CANADA, Rapport des conclusions en vertu de la LPRPDÉ 2013-010 (À la suite d'un cas où une adolescente a été victime d'usurpation d'identité en ligne, le site de réseautage social Facebook accepte d'aider, au cas par cas, les non-utilisateurs à rétablir leur réputation en ligne), 11 juillet 2013.

2 février 2014

Canada: rejet du Projet de loi C-475 visant à modifier la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques

Le 29 janvier 2014, la Chambre des communes a rejeté (133 pour / 150 contre) le Projet de loi C-475 visant à modifier la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques ("LPRPDÉ").  

Ce Projet de loi avait pour objet: 
- d'ajouter une obligation selon laquelle toute "organisation qui a la gestion de renseignements personnels avise le [Commissariat à la protection de la vie privée du Canada ou CPVPC] de tout incident ayant entraîné la perte ou la communication de renseignements personnels ou l'accès non autorisé à ceux-ci, lorsqu'une personne raisonnable conclurait à l'existence d'un risque de préjudice pour une personne en raison de cette perte ou communication ou de cet accès non autorisé" (Projet de loi, art. 1);
- de reconnaître au CPVPC la possibilité d'"ordonner [à la fin de l'examen d'une plainte] à l'organisation visée par la plainte de prendre toutes les mesures nécessaires afin de se conformer à la [LPRPDÉ]" (Projet de loi, art. 2); 
- de conférer à la Cour fédérale le pouvoir d'imposer des amendes en cas de non-conformité. 

Ce Projet de loi avait été déposé en février 2013. Lors de la prorogation du Parlement en septembre 2013, il est devenu mort au feuilleton. Il avait été rétabli en octobre 2013 à l'ouverture de la 2° session de la 41° législature.  

Il est à noter que ce projet de loi s'inscrivait dans le sens du Projet de loi C-12 (déposé en septembre 2011 et mort au feuilleton lors de la prorogation du Parlement en septembre 2013) et des recommandations mises de l'avant par le CPVPC en mai 2013 pour réformer la LPRPDÉ (billet). 

30 janvier 2014

CPVPC: vie privée et sécurité nationale (Rapport spécial au Parlement)

Le 28 janvier 2014, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) a déposé un rapport spécial au Parlement intitulé Mesures de vérification et de contrôle : Renforcer la protection de la vie privée et la supervision des activités du secteur canadien du renseignement à l’ère de la cybersurveillance. 

Le CPVPC part du constat qu’« au cours des derniers mois, les préoccupations au sujet de la protection de la vie privée dans le contexte des activités liées à la sécurité nationale se sont intensifiées » [p. 1]. Il rappelle dès lors que « les organismes et les activités de renseignement sont régis par la Loi sur la protection des renseignements personnels » [p. 1], donc soumis à sa surveillance et ce même si « des organismes spécialisés ont été créés afin de surveiller la conformité aux lois dans le domaine des activités de renseignement au Canada et de procéder à l’examen de celles-ci, entre autres sous l’angle de la protection de la vie privée » [p. 1]. 

Ainsi, compte tenu de « l’incidence des changements politiques et sociétaux sur les activités liées au renseignement et à la protection de la vie privée » [p. 1], et du fait que « l’information de sources ouvertes comme celle que l’on retrouve sur les sites de réseautage social est balayé électroniquement et a le potentiel de devenir la principale source de renseignement » [p. 4], le rapport du CPVPC a pour objet d’interpeller le Parlement « afin de déterminer si le Canada dispose toujours de mesures de protection de la vie privée adéquates dans le contexte de la sécurité nationale » [p. 1]. 

Partant, le CPVPC insiste sur l’importance de « préserver la confiance du public » [p. 5]. À ce titre, il rappelle que « les arguments relatifs à la sécurité nationale ne réduisent en rien les obligations redditionnelles, et les organismes de sécurité doivent rendre compte aux Canadiens de l’usage qu’ils font des renseignements personnels » [p. 5]. Il reconnaît également qu’ « il y a des limites raisonnables à la communication intégrale et proactive de l’information sur toutes les opérations gouvernementales » [p. 5] et qu’il existe « des dispositions visant à protéger l’information [notamment en ce qui concerne les sources ou encore les échanges opérationnels très sensibles avec d’autres gouvernements et partenaires] dans la législation actuelle » [p. 5]. 

Le CPVPC met aussi de l’avant le fait que certains organismes de renseignement peuvent collaborer entre eux alors que la Loi sur la protection des renseignements personnels, pratiquement inchangée depuis 1982, « ne contient aucune disposition qui ne permette de mener des enquêtes ou des vérifications conjointes avec d’autres organismes semblables, même à une époque où le partage de renseignements a augmenté de façon importante » [p. 6]. 

Dans ces circonstances, le CPVPC formule une série de recommandations en se fondant notamment sur les modèles de supervision et d’examen mis en œuvre au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais aussi sur les activités et les rapports du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), du Bureau du commissaire du Centre de la sécurité des télécommunications (BCCST)et de la Commission des plaintes du public contre la GRC [p. 7-8]. 

Les recommandations sont au nombre de dix. Elles visent : 
- à renforcer les mécanismes d’examen et de présentation de rapports [p. 9-11], et notamment à: 
- exiger que le Centre de la sécurité des télécommunications Canada publie annuellement des statistiques sur les demandes provenant d’organismes fédéraux en vue de l’interception de communications et dépose au Parlement un rapport public non classifié; 
- élargir la portée des exigences en matière de présentation de rapports sur l’utilisation de la surveillance notamment en séparant les activités menées à la demande du gouvernement canadien et celles menées à la demande d’un gouvernement étranger ou encore les activités nécessitant ou non un mandat; 
- mettre à jour la documentation présentant le secteur du renseignement canadien. 
- à moderniser le régime de protection de la vie privée [p. 11-12], plus particulièrement en 
- réformant les lois sur la protection de la vie privée pour restreindre la collecte excessive et baliser la communication de renseignements personnels. Ainsi, 
« la Loi sur la protection des renseignements personnels […] devrait obliger les organisations à prouver la nécessité de la collecte des renseignements personnels et mieux protéger la vie privée lorsque cette information est communiquée à des gouvernements étrangers. Il faudrait aussi apporter des modifications afin d’élargir les motifs justifiant un examen par la Cour fédérale de manière à couvrir la collecte, l’utilisation et la communication des renseignements personnels par les institutions » 
(Source : CPVPC, Communiqué, 28 janvier 2014) 
- réglementant l’accès aux analyses et aux enquêtes réalisées au moyen de sources de renseignements personnels ouvertes accessibles au public. 
- à renforcer le cadre actuel de reddition de comptes [p. 12-13], c’est-à-dire : 
- accroître les pouvoir des organismes fédéraux chargés de l’examen des activités liées à la sécurité nationale; 
- clarifier et mettre à jour les autorisations législatives s’appliquant aux activités de renseignement, plus particulièrement la Loi sur la défense nationale; 
- renforcer la coordination et l’investissement à l’appui du rôle de supervision exercé par le Parlement, étant entendu que « les recommandations formulées ci-dessus n’empêchent pas d’élargir le rôle des Parlementaires [notamment] celui d’exiger une reddition de comptes au nom des Canadiennes et des Canadiens » [p. 13]. 
Le CPVPC termine en précisant que « la population canadienne fera confiance aux organismes de sécurité et de renseignement si elle sait que les ministères et organismes gouvernementaux maintiennent un équilibre entre la protection de la vie privée des citoyens et la sécurité nationales » [p. 14]. 

À suivre ...

Pour aller plus loin, 

25 janvier 2014

CPVPC: Google et la publicité ciblée

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) vient de publier un rapport d'enquête [2014-001] mettant l'accent sur les enjeux de la publicité comportementale en ligne (PCL). 

En effet, à la suite d'une plainte, le CPVPC a procédé à une analyse technique du service de publicité de Google: 
"le plaignant alléguait que, depuis qu'il avait fait des recherches en ligne sur des appareils médicaux permettant de traiter l'apnée du sommeil [en particulier sur un appareil de ventilation spontanée en pression positive continue (VSPPC) utilisé pendant le sommeil], divers sites Web affichant des annonces provenant du service AdSense de Google lui présentaient souvent des publicités pour des appareils de VSPPC" [par. 2] et ce sans son consentement.
Dans le cadre de son enquête, le CPVPC a effectué une recherche sur les VSPPC dans Google, a visité "les 20 à 40 premiers sites qui apparaissaient dans les résultats de recherche" [par. 10]. Il a "ensuite visité neuf sites différents (sites d'essais) qui n'avaient aucun lien avec les appareils de VSPPC ou l'apnée du sommeil (p. ex. sites de nouvelles, de météo ou de renseignements de référence). Ces sites affichaient les publicités de Google" [par. 11]. Et, "afin d'évaluer la persistance des publicités, les ordinateurs utilisés pour la réalisation des tests ont été redémarrés à maintes reprises pendant plusieurs jours, et les test reprenaient là où le Commissariat les avait laissé. Les publicités ont continué d'apparaître [...]" [par. 12]. 
Le CPVPC a également pris connaissance de la politique de confidentialité de Google qui indique notamment que "lorsque nous vous proposons des annonces personnalisées, nous n'associons aucun témoin ni identifiant anonyme à des données sensibles, comme la race, la religion, l'orientation sexuelle ou l'état de santé" [par. 25]. 

Aux termes de son enquête préliminaire, le CPVPC est d'avis que "la diffusion par Google de publicités qui suivent une personne au cours de ses activités en ligne constitue de la PCL" [par. 23] et "comme les publicités diffusées par Google dans le cas présent étaient sélectionnées en fonction d'un intérêt personnel lié à la santé, on peut dire que Google diffuse des annonces personnalisées liées à des données sensibles, en l'occurrence la santé. Nous estimons que cette pratique n'est pas en concordance avec la politique de confidentialité de Google, telle qu'elle est actuellement" [par. 26]. Partant, le CPVPC précise que "pour la collecte ou l'utilisation des renseignements personnels sensibles du plaignant sur son état de santé en vue de lui présenter des annonces personnalisées en fonction de son comportement en ligne, le consentement implicite n'est pas suffisant; il faut obtenir son consentement explicite. Comme Google n'a pas cherché à obtenir le consentement explicite dans les circonstances, nous croyons que, dans ce contexte, Google a dérogé aux principes 4.3  et 4.3.6 de la [de l'Annexe 1 de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques]" [par. 28 et 29].

Le CPVPC a fait parvenir son rapport d'enquête préliminaire à Google. Des discussions ont eu lieu notamment sur les différents services de publicités offerts par Google dont le marketing de relance; sur le fait que l'entreprise "exige de tous les annonceurs qui utilisent [ses plateformes] qu'ils se plient à certaines politiques interdisant toute forme de publicité axée sur les intérêts correspondant aux catégories sensibles, y compris l'utilisation de listes d'utilisateurs fondées sur des renseignements sur l'état de santé ou à caractère médical" [par. 36] ou encore sur la surveillance et la prévention de l'entreprise quant à "l'utilisation abusive de son système publicitaire" [par. 44]. 

À la suite de ces discussions, le CPVPC considère que "cet écosystème de publicité en ligne est complexe et semble difficile à régir étant donné que certains protagonistes sont malintentionnés et que la surveillance requise est d'une envergure démesurée (des milliards de publicités sont soumises à Google chaque année)" [par. 43]. Il est donc recommandé à Google de "concevoir un système plus officiel et plus rigoureux pour examiner les publicités et pour intervenir en cas de non-conformité" [par. 46]. 

Google s'étant engagé à prendre des mesures correctives d'ici juin 2014. Le CPVPC considère donc que "la plainte est fondée et conditionnellement résolue" [par. 48]. 
"Google s'est engagé à: 
- fournir davantage de renseignements aux annonceurs qui créent des campagnes de marketing de relance; 
- accroître ses efforts de surveillance des campagnes de marketing de relance afin de repérer toute atteinte potentielle à sa politique; 
- offrir une formation plus approfondie à son personnel sur la suite à donner aux atteintes potentielles à sa politique; et
- mettre à niveau son système d'examen automatisé"
(Source: CPVPC, Rapport 2014-001, par. 47 et Communiqué du 15 janvier 2014)
À suivre donc ...

Pour aller plus loin,

9 novembre 2013

Internet et l'analyse de votre comportement

Si vous vous demander si votre comportement est analysé sur Internet, l'article "Facebook à la chasse aux souris" paru dans Libération vous intéressera. 

L'auteure Camille Gévaudan insiste non seulement sur les données démographiques "fournies volontairement par les membres du réseau social", mais surtout sur les données comportementales qui "sont récupérées par le site à [l'insu des membres], en surveillant automatiquement et systématiquement toutes leurs actions en ligne" ... et elle continue en disant que ces dernières données "ont une valeur inestimable pour Facebook, qui cherche actuellement à augmenter leur volume dans de larges propositions, et notamment en instaurant un pistage du curseur des internautes, pour savoir précisément quelle zone de l'écran attire leur souris à chaque instant". 
Ce "système de détection de position du curseur et de défilement des pages à l'écran" dont parle l'auteure s'inscrit au nombre des mécanismes utilisés par les entreprises pour anticiper les besoins de leurs clients. 

Cette problématique du profilage à des fins de publicité interpellent les autorités de protection des données personnelles comme l'illustrent notamment la Résolution sur le profilage adoptée lors de la 35° Conférence internationale des commissaires à la protection des données et de la vie privée (billet), les contrôles menés à l'endroit de PayPal en France et de Bell au Canada (billet) ou encore la fiche d'information sur le profilage et la publicité ciblée que vient de publier la Commission d'accès à l'information du Québec. 

23 octobre 2013

France (PayPal) et Canada (Bell): enquête sur des politiques de confidentialité

Les politiques de confidentialité sont un outil permettant aux organismes publics et aux entreprises d'informer les internautes de leurs engagements en matière de protection des renseignements personnels. Lorsque ces politiques sont modifiées, des questions peuvent se poser notamment quant au consentement, à la collecte de nouveaux renseignements, à la communication de ceux-ci à de nouveaux partenaires ou encore à leur utilisation projetée. Certaines modifications peuvent passer inaperçues, d'autres font l'objet d'enquête par les autorités de contrôles comme dans le cas de Google, de Facebook ou dernièrement de PayPal en France ou de Bell au Canada. 

En ce qui concerne PayPal, un service de paiement en ligne, on peut lire sur le site de la Commission nationale de l'informatique et des libertés que: 
"Les principales modifications du " règlement relatif à la vie privée ", qui s'adresse tant aux e-commerçants qu'aux utilisateurs particuliers, portent sur :
- la collecte par PAYPAL de nouvelles données (exemple : géolocalisation des points de ventes acceptant le paiement Paypal et des utilisateurs connectés, service " Paypal Here ") ;
- l'ajout de nouveaux destinataires des données : transmission de tout ou partie des données collectées à de nouveaux organismes ayant pour activité de lutter contre la fraude ou de procéder à des actions de marketing (publicité ciblée) ;
- la transmission d'un nombre plus important de données à certains destinataires tels que Facebook.
Dans le cas où les utilisateurs refuseraient ces modifications, ils sont invités par PAYPAL à fermer définitivement leur compte (cf. information sur le site internet de PAYPAL : "prochaines mises à jour des règlements"). 
La CNIL a décidé d'opérer un contrôle du service de paiement en ligne PAYPAL, actuellement en cours."
En ce qui concerne Bell, une entreprise de télécommunications, on peut lire sur le site du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada que: 
"Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a reçu des plaintes concernant un avis communiqué par Bell Canada qui soulève des préoccupations relatives au profilage des utilisateurs, à la publicité comportementale en ligne et à la protection des renseignements personnels.  Nous ferons enquête.
L’enquête visera à déterminer si les changements prévus dans la façon dont l’organisation traite les renseignements personnels de ses clients sont conformes à la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE), la loi fédérale qui régit la collecte, l’utilisation et la communication des renseignements personnels dans le cadre d’activités commerciales.
Puisque la commissaire à la protection de la vie privée enquête sur cette question au nom des Canadiens, les membres du public n’ont pas besoin de présenter des plaintes en vue d’une enquête complète.
La commissaire pourra décider de rendre publics les résultats de l’enquête, une fois que celle-ci sera achevée, si elle juge que cela est dans l’intérêt du public.
Le Parlement a conféré au Commissariat le mandat d’agir comme ombudsman et comme gardien du droit à la vie privée au Canada".

À suivre donc ...

26 juillet 2013

Google: suivi de billets sur la politique de confidentialité et sur les Google Glass

Que se soit pour sa politique de confidentialité ou pour ses Google Glass, Google est dans la mire de plusieurs autorités de protection des renseignements personnels.

Ainsi, par exemple, le 10 juin dernier, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) mettait l'entreprise en demeure relativement à sa politique de confidentialité (billet) et, le 22 juillet la CNIL a fait le point sur les actions répressives à l'encontre de Google en Europe. 

En ce qui concerne les Google Glass, le 18 juin dernier, les autorités de protection de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Mexique, d'Israël, de la Suisse, du Canada (Alberta, Colombie-Britannique, Québec, commissariat fédéral) et le Groupe de l'article 29, ont fait parvenir une lettre commune à l'entreprise (billet). Le 27 juin l'entreprise a répondu dans les termes suivants:
"Je vous remercie de votre récente lettre concernant Google Glass. La protection de la sécurité et de la vie privée de nos utilisateurs figure en tête de liste de nos priorités. Conscients du fait que la nouvelle technologie soulèvera de nouveaux types de questions, nous avons mûrement réfléchi dès le début à la façon de concevoir Google Glass et nous continuons d’examiner Glass dans la perspective du vaste programme de protection de la vie privée de Google. Nous avons notamment à cœur de concevoir Glass en nous souciant du respect de la vie privée et en veillant à ce que Google obtienne un consentement valable des utilisateurs.
Glass n’a pas encore été lancé à grande échelle sur le marché de la consommation et en est encore à ses débuts, mais nous sommes convaincus que l’expérience concrète de cet appareil continuera d’aider à recentrer les discussions au bénéfice des utilisateurs et de la population. C’est pourquoi nous avons lancé le programme Google Glass Explorer à l’intention de nos explorateurs aux États-Unis, qui sont des personnes de divers horizons qui participent aux premiers essais pratiques du produit. Au moment d’élaborer les étapes à venir, nous accordons une grande importance à leurs commentaires.
Vous trouverez ci-après des renseignements sur certaines caractéristiques de Glass qui devraient vous aider à comprendre ce qu’il en est :
- Pour commencer, nous avons mis au point Glass pour permettre aux utilisateurs de déterminer quand et comment utiliser Glass. Par exemple, comme dans le cas des appareils mobiles, l’utilisateur de Glass doit poser des gestes précis pour obtenir le résultat voulu, par exemple faire des recherches dans Internet, trouver un itinéraire, prendre une photo ou enregistrer une vidéo. L’utilisateur dit « Okay, Glass », puis il donne des commandes vocales comme « Google » pour faire des recherches dans Internet ou « Get directions » pour afficher l’itinéraire jusqu’à sa destination. Pour prendre une photo ou enregistrer une vidéo, l’utilisateur appuie sur un bouton sur la monture de Glass ou dit « Take a photo » ou « Record a video ». Le lien ci-après conduit à une vidéo qui donne une bonne idée de certaines fonctions de base de Glass : https://www.youtube.com/watch?v=4EvNxWhskf8.
- L’utilisateur aura accès à son propre site «  MyGlass » (www.google.com/myglass) et à l’application mobile MyGlass, qui lui permettra de suivre de près l’état de ses lunettes, de gérer les paramètres et de décider quels éléments ou applications afficheront l’information sur Glass.
- Notre engagement à donner la maîtrise à l’utilisateur s’étend aux politiques que nous avons élaborées à l’intention des développeurs qui conçoivent les applications pour Glass, également appelées « Glassware ». Par exemple, Google affirme depuis plusieurs années qu’elle n’ajoutera pas de fonctions de reconnaissance faciale à ses produits sans avoir d’abord mis en place de vigoureuses mesures de protection de la vie privée. Dans cette optique, nous n’approuverons pour le moment aucune application Glassware de reconnaissance faciale. En outre, nous interdisons aux développeurs de désactiver ou d’éteindre l’écran lorsque la caméra est en marche. Quelle que soit l’application Glassware, l’affichage doit s’activer au moment de la prise d’une photo et le demeurer pendant l’enregistrement d’une vidéo.
- Nous demandons aux participants à notre programme Explorer de ne pas vendre ni céder leur Glass, mais les utilisateurs qui les céderont un jour à une autre personne pourront en retirer le contenu. Glass affiche les éléments comme les photos, les vidéos et les textos sur une ligne du temps et comporte une fonction « suppression » qui permet de les en retirer. Cette fonction représente une façon d’effacer le contenu de Glass. L’utilisateur pourra également, grâce au site et à l’application MyGlass susmentionnés, désactiver des éléments particuliers (notamment Gmail, Google+ et Now) de Glass et réinitialiser l’appareil, ce qui supprimera toutes ses données. Si un utilisateur perd son Glass, il pourra utiliser ces fonctions sur le site et dans l’application MyGlass.
- Nous avons aussi intégré certains signaux dans le mode d’utilisation de Glass en pensant aux utilisateurs et aux non-utilisateurs. Outre les commandes vocales, l’utilisateur peut toucher Glass afin de faire défiler des éléments ou appuyer sur un bouton situé sur la branche de l’appareil afin de prendre une photo ou d’enregistrer une vidéo — ce qui aura pour effet d’activer l’écran de Glass d’une manière qui sera visible aux autres. Ces signaux permettent à l’utilisateur de respecter l’étiquette dans toute situation donnée et aident les gens à comprendre ce que fait l’utilisateur de Glass. Comme vous le savez, certaines parties peuvent prendre elles-mêmes des mesures pour baliser l’utilisation de la technologie existante — par exemple les téléphones cellulaires, les ordinateurs portatifs ou les caméras — dans certaines circonstances. Nous nous attendons à ce que ces types de règles continuent d’évoluer à mesure que les technologies vestimentaires seront lancées sur le marché en plus grand nombre.
Il est à noter que nous continuons de travailler activement sur Glass. L’information fournie dans le présent document est sujette à changement avant le lancement du produit à grande échelle sur le marché de la consommation. Comme vous le savez, Google a, dans la plupart de vos pays, des spécialistes locaux et régionaux en matière de protection de la vie privée, de droit et de politiques, qui seront vos points de contact à l’avenir."

19 juin 2013

Canada, Europe, APEC: lettre commune au sujet des Google Glass

À l'instar du Congrès américain (billet), les autorités de protection de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Mexique, d'Israël, de la Suisse, du Canada (Alberta, Colombie-Britannique, Québec, commissariat fédéral) et le Groupe de l'article 29, ont fait parvenir une lettre commune, le 18 juin 2013, à Larry Page, président de Google, afin d'obtenir des explications sur le fonctionnement des lunettes de l'entreprise (Google Glass) et leur impact sur la protection des renseignements personnels. 

Ainsi, on peut lire que ces autorités s'interrogent sur les points suivants: 
"Nous voudrions soulever entre autres les questions suivantes :
- Comment Google Glass se conforme-t-il aux lois sur la protection des données?
- Quelles mesures de protection des données personnelles Google et les développeurs d’application mettent-ils en place?
- Quels renseignements Google recueille-t-elle par l’entremise de Glass et quels renseignements sont transmis à des tiers, y compris des développeurs d’applications?
- Comment Google compte-t-elle utiliser cette information?
- Bien que nous croyions comprendre que Google a choisi de ne pas intégrer la reconnaissance faciale à Glass, comment Google prévoit-elle aborder les enjeux liés à la reconnaissance faciale à l’avenir?
- Google fait-elle quoi que ce soit au sujet des grands enjeux sociétaux et éthiques soulevés par un tel produit, en outre, au sujet de la collecte subreptice d’information au sujet d’autres individus?
- Google a-t-elle déjà entrepris des évaluations des risques à la vie privée dont elle serait disposée à partager les conclusions avec nous?
- Google serait-elle disposée à faire une démonstration de l’appareil à l’intention de nos organisations, et de permettre à toute autorité de protection des données qui en fait la demande de soumettre l’appareil à des tests?
Nous sommes conscients que ces questions portent sur des enjeux qui sont de notre ressort en tant qu’autorité de protection des données, de même que sur des enjeux éthiques plus vastes soulevés par les ordinateurs vêtements. Nous serions très intéressés à en savoir davantage au sujet de l’incidence sur la vie privée de ce nouveau produit, et des mesures que vous envisagez adopter afin de vous assurer que le droit à la vie privée des personnes est respecté partout dans le monde, alors que vous allez de l’avant avec Google Glass. Nous attendons de vos nouvelles à ce sujet et nous espérons avoir l’occasion de prendre part à une rencontre afin de discuter des enjeux de vie privée soulevés par Google Glass."
(Source: Lettre commune du 18 juin 2013)

Pour plus de détails, voir notamment: 

9 juin 2013

CPVPC: Rapport annuel 2012

Le 6 juin dernier, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) a rendu public son Rapport annuel 2012 insistant sur "l'importance de contrôler sa propre réputation dans les médias sociaux" (p. 3) et sur la responsabilité des organisations au regard de l'application de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDÉ).

Ainsi, dans le chapitre Pleins feux sur les citoyens, le CPVPC revient sur certaines enquêtes (par ex. création d'un faux compte Facebook au nom d'une adolescente, divulgation des profils d'un site de rencontre sur d'autres sites de rencontre sans le consentement des personnes concernées), sur certaines ressources en matière de protection de la vie privée pour les jeunes (par ex. publication d'une bande dessinée intitulée Branchés et futés: Internet et vie privée) et pour les joueurs (par ex. fiche d'information intitulée Consoles de jeu et renseignements personnels: la vie privée en jeu). 

Le CPVPC rappelle notamment que 
"les individus ont le droit de façonner leur réputation et d'être ce qu'ils veulent en ligne. Il est toutefois essentiel que les sites Web soient transparents au sujet de leurs activités; ainsi, les personnes qui les utilisent pourront comprendre, prendre des décisions et exprimer leur consentement pour ce qui est du traitement de leurs renseignements personnels." (p. 7)
Dans le chapitre Pleins feux sur les entreprises, le CPVPC insiste sur la nécessité pour les organisations d'agir de manière responsable. À ce propos, le CPVPC fait état du guide développé en collaboration avec l'Alberta et la Colombie-Britannique et intitulé Un programme de gestion de la protection de la vie privée: la clé de la responsabilité. 

Il fait aussi mention de certaines enquêtes (par ex. utilisation de logiciel espions pour retracer des ordinateurs portables, recours aux cotes de crédit pour fixer des primes d'assurance, collecte de renseignements personnels par une société de prêts hypothécaires ... le tout sans le consentement des personnes concernées, ou encore quant à l'application WhatsApp (billet)) et actions menées au Canada (billet) et ailleurs (billets Europe, Hong Kong, États-Unis, par ex.) auprès de Google lors de l'entrée en vigueur de la nouvelle politique de confidentialité.

Le CPVPC rappelle également que
"le principe de responsabilité oblige les organisations confrontées à une atteinte à la protection des données à prendre toutes les mesures possibles pour en limiter l'incidence. À cette fin, elles doivent intervenir d'une manière rapide et globale pour mettre fin aux dommages, alerter les autorités, communiquer avec les personnes concernées et prêter assistance à celles-ci. 
Une fois la situation d'urgence passée, il faut aussi examiner les politiques et processus internes, et prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur renforcement en cas d'incidents futurs. 
Le Commissariat encourage les organisations à signaler volontairement les atteintes à la protection des données qui impliquent des renseignements personnels." (p. 44)
Dans les chapitres Pleins feux sur les institutions et L'année à venir, le CPVPC réitère ce qu'il a avancé le 23 mai dernier (billet), à savoir que: 
"le Commissariat a préconisé l'octroi de pouvoirs accrus en vertu de la LPRPDÉ, notamment le signalement obligatoire des atteintes, les conséquences financières en cas de non conformité et d'autres changements au modèle d'application." (p. 74)
"[le Commissariat] est en faveur d'un renforcement des pouvoirs d'application de la loi, comme le pouvoir de prendre des ordonnances et d'imposer des sanctions financières en cas d'infraction à la Loi. Nous sommes également favorables à une obligation de signalement des atteintes, à un rapport public des divulgations à l'insu de la personne ou sans son consentement en vertu de la disposition d'"autorité légitime" et à un renforcement des obligations de responsabilité pour les organisations.
En 2013, nous continuerons de faire pression pour amener les changements nécessaires à la LPRPDÉ et aux autres lois, afin de veiller à ce que les renseignements personnels des Canadiennes et Canadiens soient protégés et que leur confiance soit assurée dans cette économie numérique complexe et en pleine expansion." (p. 90-91)
Par ailleurs, le CPVPC précise qu'il s'intéressera notamment aux enjeux inhérents aux "paiements mobiles", aux "logiciels de reconnaissance faciale", aux "meilleures façons d'obtenir le consentement pour la collecte des renseignements personnels dans un environnement en ligne" ou encore aux "sites Web de "vengeance", qui permettent aux personnes de publier des informations et des photos insultantes et humiliantes à propos d'autres personnes" (p. 92) ... à suivre donc.

Pour aller plus loin, voir