22 juin 2013

CNIL: mise en demeure de Google (politique de confidentialité)

En avril 2013, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), à l'instar des autorités de protection de l'Allemagne, de l'Espagne, de l'Italie, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, a informé Google de sa décision d'ouvrir une procédure de contrôle quant aux règles de confidentialité mises en ligne par l'entreprise en mars 2012 (billet).

L'analyse a été réalisée au regard de la Loi "Informatique et Libertés" et, plus particulièrement en ce qui concerne les finalités de traitement, l'information des personnes concernées, la durée de conservation des données, la combinaison de données, la collecte et le traitement loyal des données ou encore le consentement de la personne concernée. 

Au terme de cette analyse, la CNIL a constaté plusieurs manquements. Par conséquent, par décision 2013-025 du 10 juin 2013, elle met en demeure Google de: 
"- définir les finalités déterminées et explicites afin de permettre aux utilisateurs, quel que soit leur statut, d'appréhender concrètement les traitements portant sur leurs données à caractère personnels;
- procéder à l’information des utilisateurs, quel que soit leur statut, en application des dispositions de l’article 32 [de la Loi "Informatique et Libertés"], en particulier s’agissant des finalités poursuivies par le responsable des traitements mis en œuvre; 
- définir une durée de conservation des données à caractère personnel traitées qui n’excède pas la durée nécessaire aux finalités pour lesquelles elles sont collectées; 
- ne pas procéder, sans base légale, à la combinaison potentiellement illimitée des données des utilisateurs ;
- procéder à une collecte et à un traitement loyal des données des utilisateurs passifs, en particulier s’agissant des données collectées via les cookies "Doubleclick", "Analytics", les boutons "+1" ou tout autre service Google présents sur la page visitée; 
- informer les utilisateurs, quel que soit leur statut, puis obtenir leur accord préalable avant d’inscrire des informations dans leur équipement terminal de communications électroniques ou d'accéder à celles-ci par voie de transmission électronique."
(Source: CNIL, Décision 2013-025 du 10 juin 2013, p. 14-15)
Google a trois mois pour se conformer à la mise en demeure de la CNIL ... à suivre donc. 

Pour plus de détails, voir notamment: 

Par ailleurs, il est à noter que les autres autorités poursuivent leurs investigations. Ainsi,
"- Le Directeur de l’autorité de protection des données espagnole a notifié à Google sa décision d’ouvrir une procédure de sanction [en espagnol] pour violation des principes fondamentaux de la législation espagnole en matière de protection des données personnelles.
- L’autorité de protection des données d’Hambourg (Allemagne) a ouvert une procédure formelle contre Google. Celle-ci commence par une audition formelle, telle que prévue par le droit public allemand, qui pourra donner lieu au prononcé d’un acte administratif enjoignant Google de mettre en œuvre des mesures afin de se conformer à la législation nationale allemande en matière de protection des données personnelles. Dans le cadre de son enquête, l’autorité de protection des données néerlandaise va délivrer, dans un premier temps, un rapport confidentiel sur les conclusions préliminaires et dans un second temps, demander à Google de fournir des observations sur ce rapport.
- L’autorité de protection des données néerlandaise tiendra compte de ces observations dans son rapport final sur les conclusions, et pourra par la suite décider de prononcer une sanction.
- Après avoir ouvert une procédure formelle d’enquête fin mai, l’autorité de protection des données italienne est dans l’attente de clarifications [en italien] de la part de Google Inc.. L’autorité italienne évaluera sous peu les éléments pertinents afin de déterminer les mesures d’exécution envisageables, y compris de possibles sanctions, conformément à la législation italienne en matière de protection des données personnelles.
- L’autorité de protection des données britannique est en train d’examiner la nouvelle politique de confidentialité de Google afin de déterminer si elle est conforme à la loi de protection des données personnelles britannique de 1998. L’autorité britannique écrira prochainement à Google pour lui faire part de ses conclusions préliminaires."

Pour aller plus loin sur certaines de ces actions, voir: 

19 juin 2013

Canada, Europe, APEC: lettre commune au sujet des Google Glass

À l'instar du Congrès américain (billet), les autorités de protection de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Mexique, d'Israël, de la Suisse, du Canada (Alberta, Colombie-Britannique, Québec, commissariat fédéral) et le Groupe de l'article 29, ont fait parvenir une lettre commune, le 18 juin 2013, à Larry Page, président de Google, afin d'obtenir des explications sur le fonctionnement des lunettes de l'entreprise (Google Glass) et leur impact sur la protection des renseignements personnels. 

Ainsi, on peut lire que ces autorités s'interrogent sur les points suivants: 
"Nous voudrions soulever entre autres les questions suivantes :
- Comment Google Glass se conforme-t-il aux lois sur la protection des données?
- Quelles mesures de protection des données personnelles Google et les développeurs d’application mettent-ils en place?
- Quels renseignements Google recueille-t-elle par l’entremise de Glass et quels renseignements sont transmis à des tiers, y compris des développeurs d’applications?
- Comment Google compte-t-elle utiliser cette information?
- Bien que nous croyions comprendre que Google a choisi de ne pas intégrer la reconnaissance faciale à Glass, comment Google prévoit-elle aborder les enjeux liés à la reconnaissance faciale à l’avenir?
- Google fait-elle quoi que ce soit au sujet des grands enjeux sociétaux et éthiques soulevés par un tel produit, en outre, au sujet de la collecte subreptice d’information au sujet d’autres individus?
- Google a-t-elle déjà entrepris des évaluations des risques à la vie privée dont elle serait disposée à partager les conclusions avec nous?
- Google serait-elle disposée à faire une démonstration de l’appareil à l’intention de nos organisations, et de permettre à toute autorité de protection des données qui en fait la demande de soumettre l’appareil à des tests?
Nous sommes conscients que ces questions portent sur des enjeux qui sont de notre ressort en tant qu’autorité de protection des données, de même que sur des enjeux éthiques plus vastes soulevés par les ordinateurs vêtements. Nous serions très intéressés à en savoir davantage au sujet de l’incidence sur la vie privée de ce nouveau produit, et des mesures que vous envisagez adopter afin de vous assurer que le droit à la vie privée des personnes est respecté partout dans le monde, alors que vous allez de l’avant avec Google Glass. Nous attendons de vos nouvelles à ce sujet et nous espérons avoir l’occasion de prendre part à une rencontre afin de discuter des enjeux de vie privée soulevés par Google Glass."
(Source: Lettre commune du 18 juin 2013)

Pour plus de détails, voir notamment: 

15 juin 2013

Surveillance et autres accés aux renseignements personnels

Au moment où les États-Unis doivent s'expliquer sur leurs programmes de surveillance des communications suite aux révélations de The Guardian et du Washington Post, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) annonce la "création d'un groupe de travail sur l'accès des autorités publiques étrangères à des données personnelles de citoyens français".

Et, par ailleurs, le Conseil de l'Europe a adopté le 11 juin dernier une Déclaration sur les risques présentés par le suivi numérique et les autres technologies de surveillance pour les droits fondamentaux qui attire notamment
"l’attention des États membres sur les risques que présentent les technologies de suivi numérique et les autres technologies de surveillance pour les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit et rappelle la nécessité de garantir leur utilisation légitime au profit des personnes, de l’économie et de la société dans son ensemble, ainsi que celle de respecter la loi."
Pour aller plus loin, voir notamment:  

9 juin 2013

CPVPC: Rapport annuel 2012

Le 6 juin dernier, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC) a rendu public son Rapport annuel 2012 insistant sur "l'importance de contrôler sa propre réputation dans les médias sociaux" (p. 3) et sur la responsabilité des organisations au regard de l'application de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDÉ).

Ainsi, dans le chapitre Pleins feux sur les citoyens, le CPVPC revient sur certaines enquêtes (par ex. création d'un faux compte Facebook au nom d'une adolescente, divulgation des profils d'un site de rencontre sur d'autres sites de rencontre sans le consentement des personnes concernées), sur certaines ressources en matière de protection de la vie privée pour les jeunes (par ex. publication d'une bande dessinée intitulée Branchés et futés: Internet et vie privée) et pour les joueurs (par ex. fiche d'information intitulée Consoles de jeu et renseignements personnels: la vie privée en jeu). 

Le CPVPC rappelle notamment que 
"les individus ont le droit de façonner leur réputation et d'être ce qu'ils veulent en ligne. Il est toutefois essentiel que les sites Web soient transparents au sujet de leurs activités; ainsi, les personnes qui les utilisent pourront comprendre, prendre des décisions et exprimer leur consentement pour ce qui est du traitement de leurs renseignements personnels." (p. 7)
Dans le chapitre Pleins feux sur les entreprises, le CPVPC insiste sur la nécessité pour les organisations d'agir de manière responsable. À ce propos, le CPVPC fait état du guide développé en collaboration avec l'Alberta et la Colombie-Britannique et intitulé Un programme de gestion de la protection de la vie privée: la clé de la responsabilité. 

Il fait aussi mention de certaines enquêtes (par ex. utilisation de logiciel espions pour retracer des ordinateurs portables, recours aux cotes de crédit pour fixer des primes d'assurance, collecte de renseignements personnels par une société de prêts hypothécaires ... le tout sans le consentement des personnes concernées, ou encore quant à l'application WhatsApp (billet)) et actions menées au Canada (billet) et ailleurs (billets Europe, Hong Kong, États-Unis, par ex.) auprès de Google lors de l'entrée en vigueur de la nouvelle politique de confidentialité.

Le CPVPC rappelle également que
"le principe de responsabilité oblige les organisations confrontées à une atteinte à la protection des données à prendre toutes les mesures possibles pour en limiter l'incidence. À cette fin, elles doivent intervenir d'une manière rapide et globale pour mettre fin aux dommages, alerter les autorités, communiquer avec les personnes concernées et prêter assistance à celles-ci. 
Une fois la situation d'urgence passée, il faut aussi examiner les politiques et processus internes, et prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur renforcement en cas d'incidents futurs. 
Le Commissariat encourage les organisations à signaler volontairement les atteintes à la protection des données qui impliquent des renseignements personnels." (p. 44)
Dans les chapitres Pleins feux sur les institutions et L'année à venir, le CPVPC réitère ce qu'il a avancé le 23 mai dernier (billet), à savoir que: 
"le Commissariat a préconisé l'octroi de pouvoirs accrus en vertu de la LPRPDÉ, notamment le signalement obligatoire des atteintes, les conséquences financières en cas de non conformité et d'autres changements au modèle d'application." (p. 74)
"[le Commissariat] est en faveur d'un renforcement des pouvoirs d'application de la loi, comme le pouvoir de prendre des ordonnances et d'imposer des sanctions financières en cas d'infraction à la Loi. Nous sommes également favorables à une obligation de signalement des atteintes, à un rapport public des divulgations à l'insu de la personne ou sans son consentement en vertu de la disposition d'"autorité légitime" et à un renforcement des obligations de responsabilité pour les organisations.
En 2013, nous continuerons de faire pression pour amener les changements nécessaires à la LPRPDÉ et aux autres lois, afin de veiller à ce que les renseignements personnels des Canadiennes et Canadiens soient protégés et que leur confiance soit assurée dans cette économie numérique complexe et en pleine expansion." (p. 90-91)
Par ailleurs, le CPVPC précise qu'il s'intéressera notamment aux enjeux inhérents aux "paiements mobiles", aux "logiciels de reconnaissance faciale", aux "meilleures façons d'obtenir le consentement pour la collecte des renseignements personnels dans un environnement en ligne" ou encore aux "sites Web de "vengeance", qui permettent aux personnes de publier des informations et des photos insultantes et humiliantes à propos d'autres personnes" (p. 92) ... à suivre donc.

Pour aller plus loin, voir

2 juin 2013

CNIL: consultation sur le droit à l'oubli

En avril dernier, dans son rapport d'activité 2012 (billet), la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) précisait qu'"il est nécessaire de s'interroger collectivement sur l'effectivité réelle [du droit à l'oubli] à propos duquel s'exprime une demande social importante" (p. 83-84). 

Dans cette optique, la CNIL vient de lancer une consultation auprès des internautes afin de "construire ensemble un droit à l'oubli numérique".  

La consultation se présente sous forme de questionnaire portant notamment sur la gestion de notre e-réputation, sur les informations nous concernant diffusées sur Internet, sur les démarches que nous avons essayé de faire pour supprimer nos données sur Internet, sur notre compréhension du droit à l'oubli. 


Pour aller plus loin, 

26 mai 2013

Canada: pour une réforme de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDÉ)

[Publié le 26 mai 2013 - Mis à jour le 30 mai 2013]

Le 23 mai 2013, dans le cadre du Symposium sur la protection de la vie privée 2013 organisé par l'International Association of Privacy Professionals (IAPP), Jennifer Stoddart, commissaire à la protection de la vie privée du Canada, a présenté les recommandations mises de l'avant dans le document publié le même jour par le Commissariat et intitulé Arguments en faveur de la réforme de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques. 

Avant de présenter les arguments mis de l'avant par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVPC), il convient de rappeler que la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDÉ) a été adoptée en avril 2000, notamment pour répondre aux exigences de l'Union européenne et de la Directive 95/46/CE relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données (voir la décision 2002/2/CE constatant le niveau de protection adéquat de la LPRPDÉ à la D95/46/CE)

La LPRPDÉ a pour objet 
"de fixer, dans une ère où la technologie facilite de plus en plus la circulation et l’échange de renseignements, des règles régissant la collecte, l’utilisation et la communication de renseignements personnels d’une manière qui tient compte du droit des individus à la vie privée à l’égard des renseignements personnels qui les concernent et du besoin des organisations de recueillir, d’utiliser ou de communiquer des renseignements personnels à des fins qu’une personne raisonnable estimerait acceptables dans les circonstances" (art. 3)
Les principes de protection des renseignements personnels reconnus dans la LPRPDÉ s'appliquent aux entreprises fédérales. Ils s'appliquent également dans le cadre de communications interprovinciales et internationales de renseignements personnels. Ils s'appliquent aussi aux organisations qui collectent, utilisent ou communiquent des renseignements personnels dans le cadre de leurs activités commerciales dans des provinces/territoires qui n'ont pas de loi essentiellement similaire. La LPRPDÉ ne s'applique donc pas en Alberta, en Colombie-Britannique et au Québec, le gouverneur en conseil ayant reconnu, par décret, que les lois de ces provinces sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé offrent un niveau de protection essentiellement similaire à la LPRPDÉ (Il en est de même pour l'Ontario, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador pour ce qui est des renseignements personnels sur la santé).

Depuis l'entrée en vigueur de la LPRPDÉ (soit par étape de janvier 2001 à janvier 2004), force est de constater comme l'indique la commissaire Stoddart que beaucoup de choses ont changé: 
"Facebook, Twitter et l'application Street View de Google n'existaient pas. Les téléphone n'étaient pas intelligents. Le "nuage" ne faisait que bouleverser nos projets de pique-nique. Et l'analyse prédictive relevait en grande partie du domaine du tarot".
(Source: Discours J. Stoddart, 23 mai 2013)
"Nous vivons à l'époque des "mégadonnées". [...] Les renseignements personnels sont au coeur de l'économie numérique mondiale. [...] Les risques en matière de protection de la vie privée croissent avec l'évolution de l'environnement. Les organisations utilisent les renseignements personnels de façons antérieurement inimaginables. Même si bon nombre de ces nouvelles utilisations pourraient profiter aux personnes et à la société, le risque que les renseignements personnels puissent être utilisés de façons extrêmement intrusives et qui heurtent notre sentiment de vie privée est réel. Même si les renseignements ne sont pas utilisés à mauvais escient, ils pourraient être perdus, consultés sans autorisation ou volés par des pirates informatiques expérimentés".
(Source: CPVPC, Arguments en faveur de la réforme de la LPRPDÉ, mai 2013, p. 4-5)
Partant la commissaire Stoddart met de l'avant des pistes de réflexion / points de pression pour moderniser la LPRPDÉ "afin de permettre de s'attaquer plus efficacement aux problèmes actuels et futurs dans le domaine" de la protection des renseignements personnels. (Source: CPVPC, Communiqué, 23 mai 2013) 

Ces points contenus dans le document intitulé Arguments en faveur de la réforme de la LPRPDÉ sont les suivants:

1. Renforcer l'application de la LPRPDÉ et encourager une plus grande conformité à celle-ci

Actuellement, la commissaire a le pouvoir de mener des enquêtes (de sa propre initiative ou à la suite d'une plainte) et de procéder à la vérification des pratiques d'une organisation en matière de gestion des renseignements personnels. Elle "peut chercher à régler une plainte par le biais de la négociation, de la persuasion et de la médiation" (p. 6), ce qu'elle fait régulièrement ... mais "elle n'a aucun pouvoir exécutoire direct" (p. 6). 

Dans ces circonstances, la commissaire estime que 
"les recommandations "douces" assorties de peu de conséquences en cas de manquement à la loi ne sont plus efficaces dans un environnement qui évolue rapidement et où les risques pour la vie privée sont à la hausse. Il est temps de mettre en place des mesures incitatives financières pour veiller à ce que les organisations assument de plus grandes responsabilités en ce qui à trait à l'adoption, dès le départ, de mesures de protection adéquates, et de prévoir des sanctions pour les organisations qui ne le font pas. En l'absence de telles mesures, [elle] aura une capacité limitée pour ce qui est de s'assurer que les organisations protègent les renseignements personnels adéquatement à l'ère des mégadonnées" (p. 7).
Et, en considérant ce qui se fait ailleurs - États-Unis (rôle de la FTC), Europe (rôle des autorités de contrôle et modernisation de la Directive 95/46/CE), Australie -, la commissaire indique que "le Canada ne peut se permettre d'accuser de retard et de ne pouvoir imposer que des conséquences minimales aux organisations qui ne respectent par les lois fédérales sur la protection des renseignements personnels" (p. 9). 

Elle recommande donc 
  • de "conférer à un tribunal le pouvoir d'ordonner des dommages-intérêts dans le cas de certaines infractions", étant entendu que ces dommages-intérêts légaux sont "appropriés dans les cas où il est difficile ou impossible pour le plaignant de prouver une perte quantifiable en raison de la violation de la loi". Et, "une fourchette de dommages-intérêts pourrait être établie, et des montants minimum et maximum pourraient être prévus" ce qui profiterait aux plaignants mais aussi aux organisations "car elles sauraient ce à quoi elles peuvent s'exposer et seraient mieux à même d'évaluer les risques et de prévoir les résultats" (p. 9); 
  • de lui reconnaître le pouvoir de rendre des ordonnances de faire ou de ne pas faire comme en Alberta, en Colombie-Britannique et au Québec. Ainsi, "dans le cas où une ordonnance ne serait pas respectée, le plaignant ou la commissaire pourrait enregistrer l'ordonnance auprès de la Cour fédérale et veiller à ce qu'elle soit exécutée comme une ordonnance de la Cour, conformément aux pouvoirs liés à la sanction d'un outrage de la Cour. Pour sa part, l'organisation pourrait demander un contrôle judiciaire" (p. 10);  
  • de lui reconnaître le pouvoir d'imposer des sanctions administratives pécuniaires en cas de non-conformité à la loi (p. 11). 
2. Mettre en lumière les atteintes à la sécurité des données

Au regard des différentes atteintes qui ont fait la une des journaux ces dernières années (par ex. Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC) (billet), Sony au Royaume-Uni (billet), Facebook (billet)), de l'entrée en vigueur de l'obligation de déclaration obligatoire de ces atteintes en Alberta, dans la majorité des États américains ou encore en Europe (billet concernant la transposition en France et au Luxembourg par ex.), la commissaire considère que "l'adoption de dispositions rendant obligatoire le signalement des atteintes mettrait donc la LPRPDÉ au diapason des lois de nombreuses autres juridictions" (p. 14).

Il convient de rappeler que la recommandation visant à "obliger les organisations à signaler les atteintes à la sécurité des renseignements personnels à la commissaire et à aviser les personnes concernées, s'il y a lieu, afin que les mesures d'atténuation appropriées puissent être prises en temps opportun" (p. 13) trouve écho dans deux projets de lois, à savoir le Projet de loi C-12 (déposé à la Chambre des communes le 29 septembre 2011) et le Projet de loi C-475 (déposé à la Chambre des communes le 26 février 2013). 

3. Lever le voile sur les communications autorisées 

Devant les inquiétudes exprimées "au sujet de l'accès sans mandat aux renseignements personnels par les organismes chargés de l'application de la loi" (notamment eu égard à l'art. 7(3)c.1 de la LPRPDÉ qui autorise la communication de renseignements personnels sans le consentement des personnes concernées pour des raisons liées à la sécurité nationale, à la défense du Canada, à la conduite des affaires internationales ou à des fins de contrôle d’application du droit canadien, provincial ou étranger), la commissaire estime que "les organisations devraient, à tout le moins, être obligées de tenir un registre des données de base se rapportant à ces communications, et elles devraient être tenus de rendre public le nombre de communications qu'elles effectuent chaque trimestre. Cette information pourrait être affichée sur le site Web des organisations" (p. 16).   

4. Faire preuve de responsabilité ou encore joindre le geste à la parole

Se basant sur le document produit en partenariat avec l'Alberta et la Colombie-Britannique en avril 2012, la commissaire recommande de renforcer le principe de responsabilité notamment 
  • en exigeant "des organisations qu'elles démontrent, [à sa demande] qu'elle ont mis en place un programme de protection de la vie privée" (p. 19); 
  • en intégrant "le concept d'"ententes exécutoires", qui ferait en sorte qu'une organisation, au terme d'une enquête, accepterait de se conformer aux recommandations de la commissaire et de démontrer qu'elle s'y est conformée dans un laps de temps déterminé" (p. 20); 
  • en veillant "à ce que certaines dispositions relatives à la responsabilité puissent être soumises à un contrôle judiciaire par une cour fédérale" (Source: Discours Stoddart)
En conclusion, il est mis l'accent sur le fait que "compte tenu des changements remarquables dans la façon dont les renseignements personnels sont recueillis, utilisés et communiqués par les organisations, ainsi que de la dimension mondiale de l'économie numérique d'aujourd'hui, il faut renforcer la loi fédérale de protection des renseignements personnels dans le secteur privé pour la rendre semblable aux lois sur la protection des renseignements personnels qui ont été adoptées ailleurs au Canada et dans le monde" (p. 21). 

Et dans son discours, la commissaire, tout en reconnaissant que "la perspective d'un modèle d'application plus stricte peut susciter un certain inconfort dans les milieux d'affaires", insiste sur le fait que "toutes ces mesures aideront à doter le Canada d'un cadre de protection de la vie privée moderne et équilibré. Des mesures de protection plus vigoureuses renforceraient la confiance des consommateurs à l'égard de l'économie numérique et stimuleraient la croissance économique du pays. Et elles ne freineraient pas l'innovation. Loin de là."

Reste à voir la suite qui sera donnée à ces pistes de réflexion ... à suivre donc. 

Pour aller plus loin, voir notamment: 

20 mai 2013

Google: le Congrès américain s'interroge sur les enjeux des Google Glass sur la vie privée

Alors que se termine la conférence annuelle Google I/O, huit membres du Congrès américain s'interrogent sur les enjeux des lunettes à réalité augmentée de l'entreprise (Google Glass) sur la vie privée. 

Le 16 mai 2013, ils ont envoyé une lettre à Larry Page, président de Google pour lui demander certaines précisions. La lettre se lit comme suit:  
"[...] As members of the Congressional Bi-Partisan Privacy Caucus, we are curious whether this new technology could infringe on the privacy of the average American. Because Google Glass has not yet been released and we are uncertain of Google's plans to incorporate privacy protections int the device, there are still a number of unanswered questions that we share. Accordingly, we would appreciate the answers to the questions that follow: 
1. In 2010, it was discovered that Google was collecting information across the globe from unencrypted wireless networks. This pratice caused multiple investigations into the company along with consumers left perplexed. Google just recently agreed to pay $7 million to settle charges with 38 states for the collection of data from unprotected Wi-Fi networks without permission. Google also admitted that they did not adequately protect the privacy of consumers and "tightened up" their systems to address the issue. While we are thankful that Google acknowledged that there was an issue and took responsible measures to addrss it, we would like to know how Google plans to prevent Google Glass from unintentionally collecting data about the user/non-user without consent ?
2. What proactive steps is Google taking to protect the privacy of non-users when Google Glass is in use ? Are product lifecycle guidelines and frameworks, such as Privacy by Design, being implemented in connection with its product design and commercialization ?For example, if a Google Glass customer/user decides to resell or to dispose of their Google Glass product, would there be any product capabilities incorporated into the device to ensure that one's personal information remains private and secure ?
3. When using Google Glass, is it true that this product would be able to use Facial Recognition Technology to unveil personal information about whomever and even some inanimate objects that the user is viewing ? Would a user be able to request such information ? Can a non-user or human subject opt out of this collection of personal data ? If so, how ? If not, why not ?
4. In Google's privacy policy, it states that the company "may reject requests that are unreasonably repetitive, require disproportionate technical effort ... risk the privacy of others, or would be extremely impractical." Please provide examples of when Google would reject requests on Goggle Glass that would risk the privacy of others ? Would Google place limits on the technology and what type of information it can reveal about another person ? If so, please explain. If not, why not ?
5. Given Google Glass's sensory and processing capabilities, has Google considered making any additions or refinements to its privacy policy ?  If so, please explain. If not, why not ?
6. In Google's privacy policy, it states that the company "may collect device-specific information (such as your hardware model, operating system version, unique device identifiers, and mobile network information including phone number)"
a. Would this information be collected from users operating Google Glass ? If so, what specific information is Google intending to collect ?
b. Would Google Glass collect any data about the user without the user's knowledge and consent ? If so, why ? If not, please explain.
7. It was recently revealed that the New York Times was the first to release an app for Google Glass. To what extent was privacy considered in approving this app ? Is Google planning to make privacy a priority for future app developers ? If not, why not ? If so, please explain. 
8. Will Google Glass have the capacity to store any data on the device itself ? If so, will Google Glass implement some sort of user authentication system to safeguard stored data ? If not, why not ? If so, please explain. [...]"
Le président de Google a jusqu'au 14 juin 2013 pour répondre aux questions. À suivre donc ...
  • CONGRESS OF THE UNITED STATES, BI-PARTISAN PRIVACY CAUCUS, Letter, May 16, 2013.

12 mai 2013

GPEN: action commune visant les politiques de confidentialité

En vertu des lois visant à encadrer la protection des renseignements personnels, une entreprise - ou encore un organisme public - qui entend collecter, utiliser ou communiquer des renseignements personnels doit informer préalablement la personne concernée sur certains points. Ainsi, devront entre autres être précisé quels sont les renseignements qui seront collectés, quel est l'usage qui en sera fait, qui y aura accès, quelles sont les mesures de sécurité prises pour en assurer la confidentialité, comment la personne concernée pourra exercer son droit d'accès ou de rectification et, le cas échéant porter plainte en cas de manquement.

Dans les environnements électroniques, cette information sera le plus souvent contenue dans les politiques de confidentialité qui indiquent les engagements des entreprises - et des organismes publics - quant à la collecte, à l'utilisation ou encore à la sécurité des renseignements personnels. 

Ces politiques sont souvent décriées en ce qui concerne leur accessibilité, leur clarté et leur compréhension. Plusieurs appellent ou envisagent des mécanismes visant à leur simplification ... comme, par exemple, les Commissaires à la protection des données et de la vie privée dans la Résolution de Sydney de 2003, le Groupe de l'article 29 dans l'avis 10/2004, la Commission d'accès à l'information du Québec dans son Rapport quinquennal de 2011, la Federal Trade Commission dans un rapport de mars 2012 ou encore un groupe d'étudiants de l'Université de Yale (Privacy Simplified). 

Dans cette optique de simplification et, "afin de sensibiliser les acteurs d'internet sur l'importance des mentions d'information qui doivent être présentes sur leurs sites web et les internautes sur le respect de leurs droits en ligne" (Source: CNIL, 6 mai 2013), plusieurs autorités de protection des renseignements personnels, membres du Global Privacy Enforcement Network (GPEN), ont participé à une action commune. 
"Une vingtaine d'autorités vont, simultanément, analyser les mentions d'information présentes sur les principaux sites web à l'occasion de l'Internet Sweep Day. [...]
Cette année, les autorités membres ont décidé de mettre en place, le même jour, une opération conjointe, appelée l'Internet Sweep Day. Cette opération est destinée à apprécier, sur une large échelle, l'information des internautes proposée par les principaux sites internet. 
Le 6 mai 2013, la CNIL examine 250 sites internet parmi les plus importants afin de vérifier si les internautes sont correctement informés des points suivants :
- quelles données les concernant sont collectées ?
- pour quoi faire ?
- leurs données sont-elles transmises à des tiers ?
- peuvent-ils s'opposer à cette transmission à des tiers ?
La CNIL regardera également si les mentions d'information sont claires et compréhensibles." 
(Source: CNIL, 6 mai 2013) 
"Au cours de la semaine [du 6 au 12 mai], les autorités participantes désigneront des personnes au sein de leur organisation qui ratisseront Internet dans un effort coordonné pour évaluer les enjeux liés à la protection de la vie privée relativement à un thème commun.
Le thème retenu pour le premier ratissage d’Internet pour la protection de la vie privée est la transparence des pratiques en matière de confidentialité. [...]
Voici certaines des questions dont le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada tiendra compte lorsqu’il examinera quelques centaines de sites Web dans le cadre du ratissage d’Internet pour la protection de la vie privée :
- Est-ce qu’une politique de confidentialité figure sur le site?
- Est-il difficile de trouver de l’information sur les pratiques de l’entité en matière de confidentialité?
- Les coordonnées d’une personne-ressource à qui poser des questions et faire part de préoccupations concernant la protection des renseignements personnels sont-elles faciles à trouver?
- Les renseignements concernant les pratiques en matière de confidentialité sont-ils faciles à comprendre?" 
(Source: CPVPC, 6 mai 2013)

Les résultats de cette action commune seront publiés dans quelques mois, à suivre donc ...

Pour aller plus loin, voir notamment le site de certaines autorités de protection: 
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NB: Dans le cadre d'une recherche sur les mécanismes de production de la confiance dans les environnements électroniques, je me suis intéressée aux politiques de confidentialité et ai publié un Guide pour l'élaboration d'une politique de confidentialité.

7 mai 2013

Pologne: 35° conférence internationale des commissaires à la protection des données et de la vie privée 2013

Du 23 au 26 septembre prochain, l'autorité polonaise de protection des données personnelles (Generalny Inspektor Ochrony Danych Osobowych (GIODO)) sera l'hôte de la 35° conférence internationale des commissaires à la protection des données et de la vie privée. 

On peut lire sur la page d'accueil du site de la conférence, le message suivant du président de l'autorité polonaise, Wojciech Rafał Wiewiórowski
I am proud and honoured to invite you to the 35th International Conference of Data Protection and Privacy Commissioners -  'Privacy: A Compass in Turbulent World'.
I am happy to inform you that this year's Conference will be held in Poland, in Warsaw on 23 – 26 September, at the Hilton Warsaw Hotel & Convention Centre.
I am deeply convinced that this meeting will present a great opportunity to discuss the most important issues regarding data protection and privacy in the modern, turbulent world.
The Conference will also provide an occasion for becoming familiar with the extensive history of Warsaw and Poland.
I kindly invite you to read the details of the meeting and to participate in the Conference.
I look forward to welcoming you. 
Kind regards, 
Wojciech Rafał Wiewiórowski
Inspector General for Personal Data Protection

Le programme détaillé et le nom des conférenciers seront accessibles sur le site de la conférence: https://privacyconference2013.org

À suivre donc. 

5 mai 2013

APPA: Infographie sur l'évolution de la technologie et des risques en matière de protection des renseignements personnels

Les autorités de protection de la vie privée de la zone Asie-Pacifique proposent, dans le cadre de la Semaine de sensibilisation à la protection de la vie privée (Privacy Awareness Week), une infographie qui permet de se questionner sur ce que nous faisons pour protéger nos renseignements personnels compte tenu de l'évolution de la technologie et des risques inhérents.

28 avril 2013

CNIL: rapport d'activité 2012

Dans l'avant-propos du Rapport d'activité 2012 qui vient d'être publié, Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), donne le ton: celui de l'audace. 
"Interrogée à mi-année sur le mot qui décrivait le mieux l'état d'esprit qui devait guider la CNIL en 2012, j'avais parlé d'audace. C'est cette audace qui devait nous permettre d'innover, de repenser la régulation, de renouveler notre action et nos outils pour faire face aux différentes mutations structurelles liées au développement du numérique."
(Source: Rapport d'activité 2012, p. 4)
Cette audace s'illustre au travers les activités / actions de la CNIL en 2012, notamment : 
  • information du public: intervention dans les médias tous les vendredis (Partenariat France Info), mise en place de vidéos visant à sensibiliser les jeunes aux enjeux des réseaux sociaux, de tutoriels sur les smartphones ou encore sur comment limiter ses traces sur Internet, publications de guides (téléphonie, vidéosurveillance/vidéoprotection (p. 40-41), gestion des risques sur la vie privée (p. 43), par exemple), présence sur les réseaux sociaux, etc.
  • délivrance de "labels CNIL" qui, d'une part, "permet[tent] aux organismes de se distinguer en garantissant un haut niveau de protection des données" et, d'autre part, constituent "pour les utilisateur, (...) un indicateur de confiance qui permet ainsi d'identifier et de privilégier les organismes respectueux de leurs données" (p. 36).
  • reconnaissance du rôle essentiel des correspondants "Informatique et Libertés", rôle "consacré par le projet de Règlement européen" (p. 38-39).
  • réception et le traitement des notifications de violation de données personnelles - même si en 2012, le nombre de notification est faible compte tenu du fait "que les modalités de mise en oeuvre de cette nouvelle obligation n'ont été que récemment fixées", la CNIL est d'avis que "dans les mois et les années à venir, cette nouvelle mission aura des conséquences sensibles sur l'activité de la CNIL qui devra non seulement traiter les notifications des fournisseurs de services de communications électroniques, mais également accompagner ces derniers dans l'appréciation et la mise en oeuvre de mesures de protection efficaces" (p. 52-53).
  • réflexion autour de la modernisation de la Convention 108 du Conseil de l'Europe, des Lignes directrices de l'OCDE, mais surtout du cadre européen de protection des données personnelles (p. 65-66). 
    Concernant le cadre européen, la CNIL rappelle qu'elle voit une source d'insécurité juridique dans le fait que 
    • "lorsqu['une] entreprise a des établissements dans plusieurs États membres, l'autorité du pays de l'établissement principal de l'entreprise aurait, selon le projet initial, une compétence exclusive";
    • les entreprises pourraient "encadrer les transferts de données hors UE grâce à des instruments juridiques non contraignants ou résultant d'une autoévaluation des risques par le responsable de traitement"; ou encore
    • la Commission européenne se voit octroyer le pouvoir "d'adopter des actes délégués et d'exécution dans un nombre important de domaines"
Cette audace se retrouve également dans les différentes études menées par la CNIL, plus particulièrement celles ayant trait à la place des photos dans la vie numérique (p. 16-19), à l'informatique en nuage (p. 28-29), aux compteurs communicants (p. 32-34), aux règles de confidentialité de Google (p. 67-68), à la vie privée à l'horizon 2020 (p. 70-72). 

Elle se reflète enfin dans les sujets de réflexion mis de l'avant par la CNIL pour 2013, à savoir: 
  • le concept de big data (p. 80-82): la CNIL rappelle que "les opportunités offertes par le Big Data sont aujourd'hui majoritairement valorisées dans le domaine du marketing et de la publicité pour des usages d'analyse des données sur le comportement des consommateurs dans le but de mieux anticiper leurs attentes" et que "dans le domaine de la sécurité publique, il s'agit d'agréger et d'analyser un ensemble de données sans le but de détecter les comportements "anormaux" et d'anticiper les menaces criminelles". 
    Partant "l'extrême diversité des données susceptibles d'être analysées, la puissance de calcul permise par les technologies du Big Data, combinées aux capacités de stockage offertes par le cloud conduisent ainsi à s'interroger sur l'effectivité des principes "Informatique et Libertés" appliqués au Big Data ... ou encore "la démocratisation de l'accès à cette puissance de calcul autorise de telles potentialités de croisement et de recoupement de données (pour beaucoup cependant anonymes au départ) qu'elles ouvrent bien évidemment des possibilités infinies de profilage voire de ré-identification des personnes. L'eldorado du Big Data est constitué par ces informations qui ne sont pas nominatives a priori mais qui, grâce au volume de traces ou d'informations en réseaux combinées à d'autres sources, permettent de créer de nouvelles données directement ou indirectement nominatives. En ce sens les technologies du Big Data questionnent l'effectivité des techniques d'anonymisation".
  • le droit à l'oubli numérique (p. 83-84): la CNIL considère qu'"il est nécesaire de s'interroger collectivement sur l'effectivité réelle de ce droit à propos duquel s'exprime une demande social importante", notamment en examinant la possibilité "d'offrir aux utilisateurs des fonctionnalités leur permettant de définir une date de "péremption" de leurs publication ou de gérer leurs propres publications en leur offrant directement la possibilité de les modifier ou de les supprimer", en recourant à une "obligation de déréférencement à la charge des moteurs de recherche" ou encore en prévoyant un "droit à la portabilité". 
  • la biométrie (p. 85-86): la CNIL souhaite s'interroger sur "la perception par les utilisateurs des dispositifs biométriques", sur "le rôle de la CNIL face à l'essor de ces dispositifs" et sur "les instruments proposés par la CNIL à disposition des responsables de traitement". 
À suivre donc.

Pour plus de détails sur le 33e Rapport d'activité, voir: 

26 avril 2013

CNIL: question sur le suivi des adresses IP

Le 29 janvier 2013, une députée européenne - Françoise Castex - a soumis les questions suivantes à la Commission européenne: 
"De plus en plus d'internautes européens, usagers de sites d'achat de billets en ligne, se disent victimes du suivi IP (IP tracking) utilisé par les opérateurs de transport européens.
1. La Commission estime-t-elle que ces pratiques sont conformes au droit de l'Union européenne?
2. Le cas échéant, la Commission a-t-elle prévu de diligenter une enquête à ce sujet?
3. Si ces abus sont vérifiés, qu'a prévu de faire la Commission pour y mettre un terme?"
Le 12 mars 2013, la vice-présidente de la Commission européenne - Viviane Reding - a répondu que: 
"Une adresse IP (Internet Protocol) est un identifiant numérique unique qui est nécessaire à tout dispositif qui se connecte à l'internet. Il est attribué par les fournisseurs d'accès Internet et par les gestionnaires de réseaux locaux. Ceux-ci peuvent, par des moyens raisonnables, identifier les utilisateurs de l'internet, car ils enregistrent systématiquement dans un fichier la date, l'heure, la durée et l'adresse IP dynamique de chaque connexion.
Ces adresses IP peuvent être considérées comme des données à caractère personnel au sens de l'article 2, point a), de la directive 95/46/CE sur la protection des données (la «directive»): elles sont susceptibles de constituer des données à caractère personnel si elles laissent des traces qui, associées à d'autres informations reçues par les serveurs, peuvent être utilisées pour créer des profils et identifier ainsi, directement ou indirectement, les personnes concernées. Ce principe découle de la définition des données à caractère personnel figurant dans la directive. Il est développé plus largement dans le règlement général sur la protection des données proposé par la Commission.
Tout traitement de données relatives aux clients, telles que les adresses IP, doit respecter les dispositions nationales qui mettent en œuvre les exigences de la directive 95/46/CE; ainsi, les données à caractère personnel doivent être traitées pour des motifs légitimes et dans un but spécifique, et le traitement doit être proportionné à l'objectif poursuivi. Les clients des opérateurs de transport doivent en être informés.
Sans préjudice des compétences de la Commission en tant que gardienne du traité, les autorités de contrôle nationales chargées de la protection des données sont les organes compétents pour le suivi de l'application des mesures nationales de transposition de la directive 95/46/CE."

Suite à cette réponse, la députée Castex a fait parvenir une lettre à la présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, le 24 avril 2013, afin de connaître la position de la CNIL sur cette question.  

À suivre donc ...

21 avril 2013

Renseignements personnels: qui contrôle quoi ...

Quel contrôle avons-nous sur nos renseignements personnels ... cette problématique fait l'objet de deux articles intéressants portant sur les travaux d'Alessandro Acquisti de l'Université Carnegie Mellon à Pittsburgh. 

3 avril 2013

Europe: action concertée contre Google

Comme mentionné le 1er mars dernier, un groupe de travail regroupant plusieurs autorités européennes de protection des données (France, Allemagne, Espagne, Italie, Pays-Bas et Royaume-Uni) a été constitué. 

Ce groupe a rencontré les représentants de Google afin de discuter des règles de confidentialité de l'entreprise, mais "à l'issue de cette réunion, aucun changement n'a été mis en oeuvre". (Source: CNIL Communiqué)

Par conséquent, "toutes les autorités du groupe de travail [...] ont décidé d'engager [à compter du] 2 avril 2013, et chacune en ce qui la concerne, des actions (enquête, contrôles, etc.)". (Source: CNIL Communiqué)

Ainsi, la Commission nationale de l'informatique et des libertés "a, pour sa part, notifié à Google sa décision d'ouvrir une procédure de contrôle, ainsi qu'une procédure de coopération administrative internationale avec ses homologues du groupe de travail". (Source: CNIL Communiqué)

Voir également l'annonce d'une action concertée sur le site, entre autres, des autorités espagnole et italienne: 

1 avril 2013

Europe: avis sur les applications mobiles

À l'instar de plusieurs autres autorités (i.e. FTC (voir par ex. les guides de février 2013 ou de décembre 2012), Hong-Kong (billet), Canada (billet)), le Groupe de l'article 29 a publié un avis sur les applications mobiles: Opinion 02/2013 on apps on smart devices dans lequel il est notamment fait mention 
- des risques quant à la protection des données personnelles étant entendu que "apps are able to collect large quantities of data from the device (location data, data stored on the device by the user and data from the different sensors) and process these in order to provide new and innovative services to the end user" (p. 5). 
Partant, il est mis de l'avant que 
  • "a high risk to data protection comes from the degree of fragmentation between the many players in the app development landscape" (p. 5) et 
  • "the key data protection risks to end users are the lack of transparency and awareness of the types of processing an app may undertake combined with a lack of meaningful consent from end users before that processing takes place.Poor security measures, an apparent trend towards data maximisation and the elasticity of purposes for which personal data are being collected further contribute to the data protection risks found within the current app environment" (p. 5).
- du cadre légal applicable (i.e. Directive 95/46/CE, Directive 2002/58/CE révisée par 2009/136/CE),

- des devoirs et responsabilités de chacun des intervenants, plus particulièrement des développeurs d'applications mobiles, des systèmes d'exploitations, des vendeurs d'applications et autres tiers,

- des exigences quant à l'encadrement des données (i.e. consentement, information préalable, limitation d'utilisation, sécurité, droits d'accès et de rectification des personnes concernées, conservation des données),

- de la problématique des applications mobiles destinées aux jeunes étant entendu que "children are avid users of apps, either on their own devices or on shared devices (e.g. those of their parents, siblings or in an education setting) and there is clearly a large and diverse market for apps targeted at children. But at the same time children have little or no understanding of and knowledge about the extent and sensitivity of the data to which apps may gain access, or the extent of data sharing with third parties for advertising purposes" (p. 26). 

Dans sa conclusion, le Groupe de l'article 29 insiste sur le fait que: 
"Many types of data available on a smart mobile device are personal data. The relevant legal framework is the Data Protection Directive, in combination with the specific consent- requirement contained in Article 5(3) of the ePrivacy directive. These rules apply to any app targeted to app users within the EU, regardless of the location of the app developer or app store.
The fragmented nature of the app ecosystem, the wide range of technical access possibilities to data stored in or generated by mobile devices and the lack of legal awareness amongst developers create a number of serious data protection risks for app users. These risks range from a lack of transparency and lack of awareness amongst app users to poor security measures, invalid consent mechanisms, a trend towards data maximisation and elasticity of data processing purposes. 
There is an overlap of data protection responsibilities between the different parties involved in the development, distribution and technical capabilities of apps. Most conclusions and recommendations are aimed at app developers (in that they have the greatest control over the precise manner in which the processing is undertaken or information presented within the app), but often, in order for them to achieve the highest standards of privacy and data protection, they have to collaborate with other parties in the app ecosystem, such as the OS and device manufacturers, the app stores and third parties, such as analytics providers and advertising networks".  
(Source: Opinion 02/2013, p. 27)
Pour aller plus loin,